Explication du Zanshin

Notion et décomposition du mot

Kanji Zanshin

La notion de ZANSHIN ( de « ZAN », idée de retenue, et « SHIN », l'esprit et le coeur) recouvre une réalité à la fois mentale et physique, et suppose une attitude à la fois visible et invisible, ce qui en rend la compréhension beaucoup plus subtile qu'il n'y paraît de prime abord dans le cadre d'une traduction élémentaire du mot japonais. Celui-ci s'avère en effet contenir, au-delà de son sens le plus évident, plusieurs éléments concordants, de ce que doit être la compréhension globale de l'attitude mentale qui convient face à un danger possible et imprécis.

Il faut d'abord savoir que seule la perspective d'un danger réel, d'une confrontation qui porte en elle ou la survie et la mort, permet la perception authentique de ce danger et la mise en route de mécanismes psychiques et physiques que l'homme ignore en temps ordinaire. Une situation à laquelle celui-ci, sauf s'il exerce un métier spécifique qui augmente la probabilité d'une confrontation dangereuse, n'a qu'exceptionnellement à faire face au cours de sa vie. Ce qui n'empêchera pas le karatéka de rechercher, à travers un entraînement adéquat, ce type d'épreuve de vérité dans le cadre d'un dojo. Pour le cas, même hautement improbable, où... De toute façon, au-delà de l'esprit utilitariste de ce type de préoccupation, il en retirera une extraordinaire (au sens propre du terme) connaissance des composantes de son art.

Etat de vigilance

Samourai

ZANSHIN, c'est l'état permanent de « vigilance active » face à un danger potentiel ou déclaré. Il implique une forme d'activité mentale, sorte de concentration intense mais sans objet (une notion difficile à comprendre intellectuellement) avant (menace), pendant (combat) et même après (contrôle) l'existence de ce danger. C'est la domination virtuelle et ininterrompue du danger jusqu'à son élimination définitive (et même un peu après : prolongement de l'attention, puis décroissance progressive de cet état d'alerte). La notion de vigilance préventive n'est donc que l'un des temps du Zanshin. Elle est la plus facile à comprendre (et généralement la seule connue !) et à exercer : on peut la concevoir sur trois phases de « montée en puissance », à savoir une première phase en « alerte diffuse » (simple niveau d'attention, tension mentale légère mais non encore orientée), suive d'une phase en « alerte précise » (niveau où l'attention est focalisée sur un danger déjà précis, mais simplement reconnu possible sans être encore incontournable) avant le stade ultime en « alerte intense » (danger reconnu et imminent, ayant toutes les chances d'être inéluctable, appelant à un besoin de réaction dans un immédiat proche).

Sur la voie du guerrier

Le dernier samourai

Tout karatéka, parce qu'il chemine par définition sur la « voie du guerrier », et qu'il doit donc se considérer comme un guerrier à tout instant possible, devrait rester en permanence au stade « d'alerte diffuse ». De là, il peut lui arriver de devoir « monter » en stade « d'alerte précise » dans un certain nombre de situations reconnues dangereuses sans erreur d'appréciation possible ( face à un homme, animal ou élément naturel), et puis de « redescendre » sans avoir eu à aller plus loin. Il faudra d'ailleurs qu'il le fasse, pour économiser une énergie dont la mobilisation, et l'usure, sont proportionnelles à l'acuité de la menace. Il ne passera donc en « alerte intense », niveau maximum du Zanshin, qu'au moment de faire réellement face, sans échappatoire possible. Ce niveau devrait rester exceptionnel dans les conditions d'une existence contemporaine normale (dans une société civilisée, où les rapports humains sont régis par des lois). Il doit cependant rester envisageable, donc instantanément possible. En effet, rester inutilement en « alerte intense » serait un excès frisant à la paranoïa, dangereuse et de surcroît nerveusement usant... Zanshin est encore plus complexe. Car se mettre en état d'extrême vigilance (avoir tous les sens en éveil), cela ne doit pas se voir. La posture (attitude physique, visible, comme état mental, invisible) doit rester impénétrable , neutre. Esprit et corps sont alertes (éveillés, prêts à s'engager) mais non agités. Zanshin n'a rien avoir avec l'état de stresse...

Un esprit comme l'eau

Goutte d'eau

Le karatéka en Zanshin est habité par FUDO-SHIN (un esprit immobile) ou MU-SHIN (un esprit originel), c'est-à-dire sans pensée active. Ce qui ne veut pas dire que l'esprit est statique, mais son activité n'est pas dirigée. L'esprit est vivant mais calme. SEI-CHU-DO exprime cette notion d'action dans la sérénité (sei), même en pleine action violente : la tranquillité extérieure cache une activité intense de concentration sans objet. C'est l'être détaché, le refus de l'ego, égoïste et aveugle, l'esprit pur et libre, l'énergie fondamentale qui peut circuler sans blocage, ni inhibition, pour être disponible très précisément là où il le faut au moment où il le faut. C'est la parfaite union du corps et de l'esprit dans le temps et dans l'espace (le « ici et maintenant » du Zen, ou le « Mizu no kokoro », soit un « esprit comme l'eau » du karatedo. Il suppose un esprit « droit » et un corps « droit », une préoccupation et une recherche qui se poursuivent toute une vie dans la pratique du karatedo.

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